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01 août 2021

Henri Vernes : le père de Bob Morane est mort

Dans la presse : "L'écrivain belge Henri Vernes, décédé dimanche 25 juillet, à l'âge de 102 ans, était le père de Bob Morane, le héros aux nerfs d'acier et au regard magnétique d'une série de plus de 200 romans qui fut un grand succès de littérature d'aventure et de BD." Le premier Bob Morane, La Vallée infernale, a été publié en 1953 ; le dernier,L'Or gris de Bolivie, en 2012.

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24 juin 2021

Paroles d'un sage — Notes de lecture

En parcourant Le Courage de dire non — recueil d'entretiens avec Mario Rigoni Stern (1921-2008).

"Les gens qui lisent ne sont pas assez nombreux, et je vous assure qu'une personne qui lit, d'ordinaire, est aussi bien élevée. La lecture et l'éducation permettent de se rendre compte peu à peu de ce que l'on fait, de ce qui se passe autour de soi, et on comprend par soi-même comment on doit se comporter et agir."

"Il est [...] désolant de constater que les gens ne réussissent pas à trouver ailleurs que dans le travail et l'étude, le moyen de mûrir et d'être en harmonie avec la vie. Ils pourraient pratiquer l'alpinisme, profiter de la mer, se consacrer au sport, à la lecture. Il n'est que trop vrai que les médias, la publicité, la télévision ont conditionné les gens de façon déterminante, si nous n'arrivons plus à comprendre que la vie a une valeur inestimable et une signification complètement différente par rapport aux modèles qui nous sont proposés."

"Apprenons à dire non. Je l'ai appris dans les camps et sur plusieurs fronts de guerre. Les gens d'aujourd'hui devraient apprendre à dire non en écoutant ce que les médias nous assènent, ce que nous disent les politiciens, ce que nous racontent les télévisions. Nous devons apprendre à dire un non définitif à la violence, à la suprématie d'une poignée d'hommes sur d'autres hommes."

"Maintenant que nymphes, dragons et mythes ont disparu, il faudrait seulement nous fier à notre intelligence, comprendre à quel point les bois et les forêts sont importants pour nous, en termes matériels et spirituels. Mais, pour ce qui est de l'intelligence, je n'en vois pas tant que cela dans le monde d'aujourd'hui..."

Une leçon d'humilité, de sagesse et d'intelligence...
Quatrième de couverture : "Le Courage de dire non rassemble les entretiens inédits de Mario Rigoni Stern de 1963 à sa mort en 2008. Survivant de la guerre et des camps mais aussi conteur des montagnes, de la forêt et de la terre, Rigoni, celui dont son ami Primo Levi dira qu'il avait su garder son authenticité dans notre époque de fous, fait partie des grands protagonistes du XXe siècle." (Il Corragio di dire no. Conversazioni e interviste, 1963-2007 — Traduction de Stéphanie Laporte, Les Belles Lettres, 2018)

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19 juin 2021

EN TEMPS D’ÉLECTIONS

De circonstance — et toujours d'actualité —, ce petit texte patoisant tiré des Dialogues bourbonnais d'Émile Guillaumin.

EN TEMPS D’ÉLECTIONS

À la ferme, le soir, à l’heure où les hommes rentrent des champs.

LA MÈRE, jetant sur la table une liasse de journaux et de programmes. — Approchez-donc, les hommes, vous avez l’quoi d’lire : c’en est v’nu des barbitas aujourd’hui…

LE PÈRE, s’avançant. — Quel’ donc espèces de pap’rasses qu’c’est, tout ça ?

LA MÈRE. — Oh ! y en a ben d’tous les échantillons, des journals, des professions d’foi, des bull’tins…

LE PÈRE, fourrageant dans les papiers. — Ah ! oui, c’est des machins pour dimanche… On vote pour les députés, dimanche.

Le gendre et le domestique s’approchent à leur tour.

LE GENDRE, faisant sauter la bande d’un programme. — Qui donc qu’i’ racontont encore ? J’parie qu’c’est bien beau ?

LE DOMESTIQUE, gouailleur. — Pardi, c’est comme d’habitude, i’ sont tous meilleurs les uns qu’les aut’s et, pour finir, i’ valont tous rien…

LE PÈRE, froidement ironique. — Oh ! si, i’ sont tous bien bons pour toucher l’argent… mais quant à aut’ chose !

LE DOMESTIQUE. — Oui, à présent, i’ nous flattont, mais après i’ s’fichont pas mal d’nous aut’s… Tas d’comédiens, va !

LE GENDRE, qui vient de lire un programme. — C’est égal, i’ devriont pas promett’ tant de choses, pisqu’i’ savont qu’c’est pas faisab’ !

LE PÈRE. — Oh ! ben l’papier porte tout : ça leu z’y coûte pas d’pus et i’ s’figuront qu’on s’y fait encore prendre. (Une pause) Avec tout ça, i’ sont quatre : pour l’quel voter ?… Ma foi, j’pense bien qu’je m’dérangerai pas…

LE GENDRE, positif. — Moi, j’ vot’rai pour çui-là qu’ y était, il est ni meilleur, ni pus ch’tit qu’ceux-là qu’voulont sa place ; ça vaut autant qu’il y reste… D’ailleurs, i’ peut p’têt’ encore mieux faire qu’un nouveau : il a l’habitude…

LE DOMESTIQUE, jovial. — Oh ! j’pense qu’ça s’apprend aisément c’métier-là ! (Une pause) Savoir l’quel qu’est l’pus malh’reux de la bande ?… Moi, j’vote toujours pour l’pus malh’reux : ça fait qu’i s’engraisse : la fois d’après, j’tâche d’en faire engraisser un aut’ et pis ça fait l’joint…

LE GENDRE, riant. — T’es fort en politique, toi !

LE DOMESTIQUE. — Est-ce qu’mes idées en valont pas d’aut’s, allons ? Qu’j’ayons pour député Pierre ou Paul, ça nous empêch’ra pas d’travailler tout l’temps comme des galériens : i’ pouvont pas y changer : c’est pas à leu’ nez d’rend’ tout l’monde heureux ! Eh ben, pisqu’ la place est bonne, autant en faire profiter çui-là qu’en a l’pus besoin…

LE PÈRE, changeant de conversation sans changer de sujet. — Moi, j’aime bien qu’i’ aye des élections quéques fois ? Ça m’rend un grand sarvice, ça m’procure du papier pour essuyer mon rasoir ! (Rassemblant les papiers à son adresse) M’en v’là encore au moins pour deux ans !

(Émile Guillaumin, Au pays des ch'tits gas... — Dialogues bourbonnais, in Les Cahiers du Centre, novembre-décembre 1912.

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12 juin 2021

Lire ou ne pas lire...

Ou encore, relire des livres qui nous parlent... de la lecture !

Par exemple Daniel Pennac, Comme un roman (Gallimard, 1992 — édition de poche Folio, 1995) — on peut même se contenter de la quatrième de couverture, où sont énumérés "les droits imprescriptibles du lecteur" — un décalogue rien moins qu'injonctif :

1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.

Chacune de ces propositions mériterait un commentaire. Mais on peut se contenter de s'interroger sur les livres qu'on n'a jamais pu finir (3) ou ceux que l'on a relus et qu'on relirait encore avec plaisir (4). Sur les pires choses que l'on a lues (5) et les lieux ou les circonstances les plus insolites où nous nous sommes réfugiés dans la lecture (7). Si le jeu vous agrée...

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15 mai 2021

Les lectures de Danielle (3)

0000000000DanielleB.jpgChristian Rauth, Fin de Série (De Borée, 2017). J'avais un a priori défavorable pour ce touche à tout, plus connu pour ses rôles dans des séries télévisées, mais en fait ce roman policier est plutôt bien ficelé : ton, personnages et intrigue sont bien rendus. Bon polar.

Djaïli Amadou Amal, Les Impatientes (Collas, 2020). La condition féminine au Sahel, si loin de la vie en Occident. Se lit en serrant les dents, se lit avec colère, en souhaitant que les choses évoluent dans ces pays et ne se dégradent pas chez nous. Rien n'est jamais acquis... Témoignage poignant.

Nicolas Beuglet, Le Dernier Message (XO éditions, 2020). Thriller reçu en cadeau. L'action se situe en Écosse, dans des paysages sauvages et désolés. L'enquête, classique au départ, évolue dans une presque anticipation : une société secrète , une future épidémie de morts due à la baisse de l'intelligence humaine... Mais non ? Plutôt passionnant, bien que les personnages auraient mérité d'être mieux exploités. Il y a d'autres surprises aussi... J'ai juste légèrement honte d'aimer ce genre d'histoires. Personne n'est parfait !

Marie-Hélène Lafon, Histoire du fils (Buchet-Chastel, 2020). Quoi dire ? C'est l'histoire d'une famille, au départ celle d'un fils sans père. En peu de pages, on suit cette famille sur un siècle. J'ai aimé le style, les mots, l'atmosphère. Bonne surprise.

Michel Bussi, Rien ne t'efface (Presses de la Cité, 2021). Acheté pour de mauvaises raisons. Histoire un peu alambiquée, lecture facile. Juste plaisant.

Joël Dicker, L'Énigme de la chambre 622 (De Fallois, 2020). Que s'est-il passé dans la chambre 622 du palace de Verbier ? Enquête compliquée, excès de coups de théâtre un peu tarabiscotés, Déçue à la fin.

Constannce Joly, Over the rainbow (Flammarion, 2020). C'est l'histoire d'un père et de sa fille, c'est l'histoire d'une fille et de son père parti trop tôt. C'est triste, c'est beau. Mon coup de cœur.

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04 mai 2021

Lire ou relire Alexandre Vialatte (1901-1971)

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Alexandre Vialatte est mort il y a cinquante ans, le 3 mai 1971. La Montagne, journal pour lequel il a écrit quelque neuf cents chroniques qui ont largement contribué à sa renommée posthume, semble avoir oublié de nous le rappeler. Vialatte, qui se présentait comme "notoirement méconnu", demeure, en dépit d'un certain succès commercial tardif, fondé sur des clichés et des malentendus  — Vialatte régionaliste, Vialatte humoriste —, un écrivain pour happy few, déconcertant, qui présente plusieurs visages et une personnalité complexe.
À ceux qui souhaitent découvrir ou connaître mieux l'auteur, on peut conseiller quelques titres révélateurs de la diversité de son talent littéraire. 
On trouvera à la Médiathèque du Pays de Saint-Éloy ses trois romans les plus connus — les seuls considérés comme achevés et publiés de son vivant —, ainsi que quelques choix de chroniques, ce qui peut suffire à une première approche.
Ne figurent pas au catalogue de la médiathèque les nouvelles de Badonce et les créatures (1937) ni l'indispensable intégrale des chroniques de La Montagne, ce qui est bien regrettable.

ROMANS

Battling le Ténébreux ou La Mue périlleuse (1928)
Le Fidèle Berger (1942)
Les Fruits du Congo (1951)
Ces trois titres ont été réédités dans la collection "L'Imaginaire", aux éditions Gallimard.

CHRONIQUES ET VARIÉTÉS

Almanach des quatre saisons (Julliard, 1981)
Vialatte à La Montagne (Julliard, 2011)

Vialatte a également laissé d'assez nombreux romans et proses diverses inachevés, mis en attente ou laissés à l'état de projets. Tout cela a été publié après sa mort. On peut sans doute parler de "testaments trahis", mais les lecteurs inconditionnels font leurs délices de ces textes où l'on retrouve les types et les thèmes chers à l'auteur : l'adolescence, la nostalgie des amours enfantines, la "frivolité" — proche de "l'insoutenable légèreté de l'être" de Kundera.
Dans cette catégorie, quelques titres qu'on pourra lire avec bonheur :

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La Maison du joueur de flûte (Le Livre de Poche/Biblio)
La Dame du Job 
(Le Livre de Poche/Biblio) — apparemment épuisé, se trouve facilement en occasion.
Salomé
(Le Dilettante)
La Complainte des enfants frivoles 
(Le Dilettante)

L'AUVERGNE DE VIALATTE

Si Vialatte aimait l'Auvergne et y fait souvent allusion dans ses écrits, son Auvergne, poétique, "absolue" et quelque peu fantasmée parfois, n'est pas tout à fait celle des guides touristiques.
C'est, en tout cas, une Auvergne pittoresque et inattendue, parfois cocasse, mais toujours évoquée avec une verve savoureuse que l'on découvrira dans La Basse Auvergne, publié aux édifions De Gigord en 1936. Pas de réédition récente, malheureusement, mais on trouve encore le livre sur des sites spécialisés, à des prix abordables. Même constat pour L'Auvergne absolue (Julliard, 1983), dans la catégorie "beaux livres".

VIALATTE ET LA POÉSIE

Une curiosité : les quelques poèmes de jeunesse de La Paix des jardins (La Différence, 1990), légers, désuets et vaguement mélancoliques, dans le goût des "fantaisistes", n'ont rien d'impérissable. S'il y a une vision du monde et une écriture poétiques chez Vialatte, il n'est pas un poète au sens classique du terme. Il est assez révélateur de constater que, dans ses très nombreuses chroniques, il ne cite pratiquement jamais les poètes proches ou issus du Surréalisme, ses contemporains.

LES CHRONIQUES DE LA MONTAGNE... ET LES AUTRES

Les fameuses chroniques de Vialatte, écrites pour beaucoup, on le devine, à des fins alimentaires, sont innombrables et ont été publiées dans des journaux, revues et magazines fort divers, parfois insoupçonnables ou obscurs. Les plus connues sont incontestablement celles de La Montagne : neuf cents chroniques réunies dans deux gros volumes de la collection "Bouquins", aux éditions Robert Laffont : Chroniques de La Montagne - 1952-1961. Édition établie par Pierre Vialatte, préface de Charles Dantzig (2000) ; Chroniques de La Montagne - 1962-1971. Édition établie par Pierre Vialatte, avant-propos de Charles Dantzig (2000).
Avant la publication de cette somme, plusieurs volumes de chroniques choisies, issues de diverses publications et regroupées de façon plus ou moins thématique, avaient été éditées par les éditions Julliard. Cette initiative commerciale aura eu au moins le mérite de contribuer à la relative popularité de l'auteur, sinon à sa reconnaissance en tant qu'écrivain de premier plan.
La plupart de ces compilations ont été reprises en format de poche (Pocket) et se trouvent assez facilement sur les sites d'occasion lorsqu'ils ne figurent plus aux catalogues des éditeurs.
Entre 1978 (Dernières Nouvelles de l'Homme) et 1995 (Pas de H pour Natalie), ce sont treize volumes qui paraîtront chez Julliard. Parmi ceux-là, il faut signaler Bananes de Königsberg (1984), série de chroniques-témoignages consacrés à l'Allemagne, où Vialatte  a séjourné dans l'Entre-deux guerres (époque où il découvre Kafka, qu'il traduira en français) et où il retournera en tant que journaliste pour couvrir les procès des criminels nazis.

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09 avril 2021

Lectures pour un avril morose

LITTÉRATURE ET CINÉMA

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La presse a largement rappelé, à l'occasion de sa récente disparition, l'importance de l'œuvre du cinéaste Bertrand Tavernier, décédé à la veille de ses quatre-vingts ans, le 25 mars dernier. Plusieurs de ses films, à la fois exigeants et susceptibles de toucher un large public, sont des adaptations — plus ou moins libres — de romans témoignant d'une culture littéraire particulièrement éclectique.  Ce sont, par ordre chronologique :

L'Horloger de Saint-Paul (1974), qui s'inspire, en en transposant l'intrigue à Lyon, du roman de Georges Simenon L'Horloger d'Everton (Le Livre de Poche, 2000). Occasion de rappeler que Simenon n'est pas seulement le "père" de l'inspecteur Maigret, mais un auteur fort estimable, qui s'inscrit dans la postérité balzacienne, salué comme il se doit par un critique aussi avisé que Richard Millet. 
Signalons encore, à ce propos, deux titres récents d'un écrivain écossais, Graeme Macrae Burnet, La Disparition d'Adèle Bedeau et L'Accident de l'A 35 (10 x 18, 2018 et 2019), aimables anti-polars ironiques, dans lesquels on peut voir un hommage à l'écriture et au climat caractéristiques de la manière de Simenon.

— Coup de torchon (1981), adaptation très libre d'un classique du roman noir américain ; 1275 âmes, de Jim Thompson. Le texte de la version originale du livre, publié en 1964, deux ans avant d'être traduit et publié dans la "Série Noire" est, curieusement, Pop. 1280 ! Plusieurs fois réédité, l'ouvrage paraîtra enfin, dans une nouvelle traduction, plus fidèle et intégrale, dans la collection Rivages/Noir en 2016, sous le titre Pottsville, 1280 habitants.

Un dimanche à la campagne (1984), un beau film mélancolique, fidèle reprise d'un court roman de Pierre Bost, Monsieur Ladmiral va bientôt mourir (Gallimard, "L'Imaginaire", 2005). Si Pierre Bost est bien connu en tant que scénariste — associé le plus souvent à Jean Aurenche —, on ne sait pas toujours qu'il est aussi un écrivain talentueux, auteur pour happy-few, qu'on lit avec bonheur.

La Passion Béatrice (1987), ce film, dans lequel on peut voir une réflexion troublante sur le mal, la violence, la souillure, s'inspire du roman éponyme de Michel Peyramaure, auteur prolifique de "l'École de Brive" (Robert Laffont, 1987). Outre la "beauté convulsive" des images et la qualité de l'interprétation (Julie Delpy, Bernard-Pierre Donnadieu) on retiendra l'admirable Pie Jesu du générique de fin, œuvre particulièrement émouvante de la compositrice Lily Boulanger, morte en 1918, à l'âge de vingt-cinq ans.

Capitaine Conan (1996), adaptation de l'un des ouvrages les plus populaires de Roger Vercel, (réédition Le Livre de Poche, 2010) permet de redécouvrir un auteur oublié, dont le nom reste associé à la "littérature maritime". Un autre de ses romans (Remorques, repris dans Les Romans de mer de Roger Vercel, Albin Michel, 1988) a été porté à l'écran par Jean Grémillon (avec Jean Gabin et Michèle Morgan — dialogues de Jacques Prévert) en 1941. 

Dans la brume électrique (2009), tourné aux États-Unis, s'inspire d'un roman de James Lee Burke, dont le personnage principal est le détective Dave Robicheaux, qui apparaît dans plus de vingt "polars" d'une grande qualité littéraire, ayant pour cadre la Louisiane, dont les paysages et le passé sont toujours évoqués avec une indéniable poésie. Le titre du film reprend sous une forme abrégée celui du livre —  Dans la brume électrique avec les morts confédérés (Rivages/Noir, 1999). Le film de Tavernier, à la fois policier et fantastique, ne parvient pas à rendre compte de l'atmosphère onirique du livre où les hallucinations et les fantasmes du héros, liés au traumatisme de la guerre du Viêt-Nam, se mêlent aux spectres des combattants de la guerre de Sécession, flottant au-dessus des bayous. Il y a l'intrigue, qui fournit un scénario susceptible de toucher un large public, et il y a "tout le reste" qui "est littérature" — l'écriture, le style — qui disparaît, hélas ! à l'écran et qui manifeste la supériorité du texte sur l'image.

La Princesse de Montpensier (2010), adaptation d'un court roman de Madame de Lafayette, témoigne de la diversité des sources d'inspiration du cinéaste. Hommage à l'une de nos premières romancières, que beaucoup auront redécouverte après qu'un président de la République eut manifesté son mépris pour La Princesse de Clèves. On pourra, si l'on aime les classiques, relire ces textes fondateurs dans l'édition Folio/classique : Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves, La Princesse de Montpensier et autres romans (2020).

Quai d'Orsay (2013) est une transposition de la bande dessinée de Christophe Blain et Abel Lanzac : Quai d'Orsay - Chroniques diplomatiques (Dargaud, 2 volumes, 2010-2011). De la BD au cinéma, il n'y a qu'un pas, que de nombreux cinéastes ont été tentés de franchir. Sur les questions théoriques que pose ce genre d'exercice, on pourra se reporter à Umberto Eco et à son essai Dire presque la même chose. Expériences de traduction (Le Livre de Poche / Biblio essais, 2010).

N.B. Les références de date indiquées pour les livres correspondent en général aux rééditions disponibles en librairie.

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PRINTEMPS DES POÈTES

En raison du contexte de crise, qui a conduit à la suppression de nombreuses manifestations culturelles, il n'a guère été question, cette année, du Printemps des Poètes — célébration d'ailleurs discutable en raison de l'intérêt très inégal des animations habituellement proposées. La poésie est un domaine qui demeure méconnu du grand public et il est difficile de dépasser les représentations scolaires à quoi se ramène l'idée qu'on en a. Autant dire que les grands poètes restent généralement dans l'ombre et qu'on les découvre le plus souvent "après qu'ils ont disparu" — comme le chantait Charles Trenet —, par le biais des rubriques nécrologiques.
Ainsi de Philippe Jaccottet, né en Suisse et mort en février dernier, à Grignan, dans la Drôme, où il vivait depuis près de soixante-dix ans. Sa poésie, à la fois profonde et limpide, dépouillée de toute rhétorique témoigne d'une attention constante à la beauté des choses et de la nature.

Plusieurs recueils de ses textes ont été publiés dans la collection Poésie/Gallimard :
Poésie - 1946-1967 (1971)
À la lumière d'hiver (1994)
Paysage avec figures absentes (1998)
—  Cahier de verdure (2003)
L'encre serait de l'ombre (2011)

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Un extrait tiré du recueil À la lumière d'hiver :

C'est sur nous maintenant
comme une montagne en surplomb.

Dans son ombre glacée,
on est réduit à vénérer et à vomir.

À peine ose-t-on voir.

Quelque chose s'enfonce pour détruire.
Quelle pitié
quand l'autre monde enfonce dans un corps
son coin !

N'attendez pas
que je marie la lumière à ce fer.

Le front contre le mur de la montagne
dans le jour froid,
nous sommes pleins d'horreur et de pitié.

Dans le jour hérissé d'oiseaux.

LECTURES DIVERSES

On donne ici les références de quelques lectures personnelles du moment, qui ne correspondent pas nécessairement à l'actualité. Choix forcément arbitraire et discutable, auquel le hasard n'est pas totalement étranger...

— Emmanuel Carrère, Yoga, P.O.L., 2020. Récit, témoignage ou confession, ce livre nous touche par sa sincérité — on pourrait dire son authenticité. On pense à Blaise Pascal : "Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s’attendait de voir un auteur et on trouve un homme." Cela s'inscrit dans la même veine que D'autres vies que la mienne (P.O.L., 2009) : c'est moins la qualité de l'écriture qui nous touche, ici, que sa profonde humanité  : "Tout y est vrai."
— Témoignage encore, en dépit de la mention "roman" en couverture, le deuxième livre de Dalie Farah, Le Doigt, qui s'inscrit dans la même démarche qu'Impasse Verlaine. On aurait pu craindre, comme c'est souvent le cas après un premier succès, une redite ou l'exploitation laborieuse d'un filon. Or, ce n'est pas le cas : l'écriture est constamment innovante, la langue vigoureuse et la thématique ne se limite pas à une revendication féministe. Alors, peut-être n'est-il pas faux, finalement, de parler de roman, si l'on songe que Kundera définit le roman comme un genre "consubstantiellement ironique". Sous la verve agressive et l'humour, on devine la douleur, l'incompréhension devant la bêtise et l'indifférence d'une époque marquée par "la prédominance du crétin".
— En matière de romans policiers ou de "polars", on n'a pas que des chefs-d'œuvre et les déceptions sont fréquentes. Du coup on retrouve avec plaisir des "classiques" du genre, dans l'esprit de ce que Jean-Pierre Manchette appelait le néo-polar français ; des textes sombres, qui portent un regard sans concession sur notre société, mais dont l'humour n'est pas absent. Thierry Jonquet (1954-2009) est assurément un des maîtres du genre. On pourra relire Mon vieux (Points/policier, 2007), sorte de tragi-comédie sociale où la poisse et la misère remplacent l'antique fatum sur fond de crise sanitaire, l'année de la canicule. Presque d'actualité !
Dans un genre un peu plus exotique, les amateurs de textes "déjantés" pourront apprécier la fantaisie grand-guignolesque de Santa Muerte de Gabino Iglesias (Sonatine, 2020). Les lecteurs plus exigeants sur la qualité littéraire et la technique narrative découvriront les récits crépusculaires, cruels et sophistiqués de Victor del Arbol : Le Poids des morts ou La Veille de presque tout (Actes Sud/Actes Noir, 2020 et 2019).

Signalons, pour finir, l'inclassable Croc Fendu de Tanya Tagak (Christian Bourgois, 2020), évocation à la fois triviale et lyrique  d'une enfance inuit marquée par la violence qui s'achève en transe panthéiste. C'est un livre d'une beauté sauvage. Tanya Tagak, "chanteuse de gorge", poétesse et chanteuse punk, est une ménade boréale qui photographie son bébé à côté d'un phoque fraîchement éventré. Tout un programme...

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02 mars 2021

Nécrologie

Michelle Roux, qui avait rejoint notre association en 2012, est décédée ce 25 février dans sa quatre-vingt-douzième année.
Jusqu'à son départ pour l'EHPAD de Menat, il y a quelques mois, elle a participé assidûment aux réunions
de notre cercle de lecture. Nous regretterons sa présence discrète et la qualité de ses interventions, révélatrices d'une grande curiosité et d'une culture littéraire dépourvue de toute ostentation.

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05 janvier 2021

Bonne année à tous !

"... et toutes les âmes intérieures des poètes sont amies et s'appellent les unes les autres."

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M.R. "La Tunique de Nessus" — acrylique, bois mort, fil et chiffon sur toile, 2019.
Texte : Guillevic, extrait de Présent — poèmes 1987-1997.

03 novembre 2020

Nécrologie

Madeleine Métayer nous a quittés ce 31 octobre, à l'âge de 92 ans.
Adhérente de la première heure, elle a participé régulièrement à nos réunions et manifestations diverses jusqu'à son départ de Saint-Éloy en 2016.
Très active dans le milieu associatif éloysien, elle était appréciée pour son naturel et sa franchise, autant que pour sa générosité et son intégrité.

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