Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20 avril 2015

Nos lectures...

Michel Renaud a lu : Roland Cailleux, Une lecture, Le Rocher, "Motifs", 480 p.

00000aa.jpg

Si Alexandre Vialatte est resté longtemps — et selon sa propre formule — un "écrivain notoirement méconnu", Roland Cailleux (1908-1980), cité à maintes reprises dans les fameuses chroniques de La Montagne, demeure, pour sa part, totalement ignoré du grand public. Il est à craindre, d'ailleurs, que son œuvre peu nombreuse ne connaisse jamais le succès posthume et commercial de celle de Vialatte, avec laquelle elle présente d'indiscutables affinités.
S'il est surprenant que Cailleux n'ait pas fait l'objet de tentatives de récupération régionaliste (il possédait un château à Saint-Genès-la-Tourette et exerçait en tant que médecin de cure à Châtel-Guyon), on comprend mieux la discrétion qui l'entoure lorsqu'on découvre que son nom est associé, dans les rares critiques qu'on lui a consacrées, à ceux d'auteurs tels que Marcel Aymé, Roger Nimier, Julien Gracq ou Kléber Haedens, écrivains pour happy few, insoucieux des modes littéraires comme du culturellement correct.
Écrit entre 1942 et 1947, Une lecture n'est pas un roman qui séduit d'emblée : l'écriture peut en paraître désuète, à la fois classique, quoique très "datée" dans les passages au style direct — l'auteur note d'ailleurs incidemment la versatilité des modes langagières — et le propos déconcertant. Par une sorte de jeu de miroirs et de tiroirs, le lecteur accompagne au fil des chapitres le personnage principal, lui-même occupé, à la faveur d'une parenthèse dans sa vie professionnelle et sentimentale, à la découverte du cycle romanesque de Proust. Nous voici donc conviés à relire la Recherche avec les yeux d'un béotien de bonne volonté, dont la situation n'est pas sans analogie avec celle du "héros" du Goût des autres, si l'on peut oser cette référence anachronique.
Par une sorte de mimétisme — qui n'est sans doute pas totalement inconscient —, les pages consacrées aux exégèses et aux enthousiasmes du personnage-lecteur renvoient au style même de Proust, à sa syntaxe élégante et précise, requérant une attention sans faille de la part du "lecteur empirique". Lorsque l'auteur reprend la main — et ses distances vis-à-vis de ses créatures de papier —, l'écriture se fait plus ironique et la confrontation du héros aux milieux artistiques, à la faune des acteurs, au public des galeries, comme au monde du négoce, nous vaut des pages alertes, dont l'humour n'est pas absent.
Comme toute œuvre littéraire digne de ce nom, Une lecture, au delà du simple "plaisir du texte", nous conduit à nous interroger sur le pouvoir de la fiction et le sens même de la littérature. Le livre est en même temps, ici, illustration de l'adage selon lequel tout lecteur est d'abord lecteur de lui-même.

17 février 2015

Nos lectures...

Danielle Bournat a lu : Guillaume Musso, Central Park, XO, 2014.

000cp.jpg

"Ce roman m'a tout d'abord rappelé une (pas forcément bonne) série policière américaine, avec des invraisemblances, du rythme, du punch : palpitant et énervant, néanmoins addictif. Mais voilà : il faut se méfier des apparences ! Pour qui désire en savoir plus, lisez-le..."

Michel Renaud a lu : John Hawkes, Le GluauThe Lime Twig, trad. Aanda Golem —, Le Serpent à plumes, 1998.

0000gluau.jpg

Étrange récit, à la fois poétique et trivial, confinant à une sorte d'onirisme morbide qui peut faire penser à Gombrowicz ou à Luc Dietrich, Le Gluau fait partie de ces livres qui nous laissent un indéfinissable sentiment de malaise, soit que le sens de l'intrigue — ou de ce qui en tient lieu — nous échappe en partie, soit que l'auteur, par la seule vertu de l'écriture, suscite une fascination mêlée de dégoût dont a du mal à se défaire.
L'excellente traduction, signée Aanda Golem, restitue de façon troublante la violence poisseuse de cette pseudo-enquête policière — dans un registre différent, on songe à Maurice-Edgar Coindreau traduisant Capote ou William Goyen.
Pénombre et brouillard, suie, rouille, poussière, remugles divers, hardes et gravats, personnages fantoches, mannequins odieux ou pathétiques, tout cela n'est pas bien gai :
"... il regarda Sybilline et distingua dans ses yeux les yeux d'un animal qui a vu une lanterne se balancer sur une colline dans le noir [...] Dans ses bras, elle était comme les femmes auxquelles il songeait en sortant des lieux d'aisance."